Escapade en Toscane

mots imposés : ailleurs, capteur, clair de terre, clic,  compatible, désirer, génome, pérenne, transformer, vision 

Tu es sûre que ça va marcher ?

Pierre regarda son épouse d’un air inquiet. Comment était-il possible  qu’Élise, directrice de  recherche dans  un laboratoire travaillant sur le  génome humain  soit également la  descendante d’une lignée de  sorcières,  dotées de pouvoirs étranges ? La magie ne semblait pourtant pas très compatible avec la rigueur scientifique de son épouse.

— Ne  t’inquiète pas,  lui répondit  la jeune  femme brune,   j’ai expérimenté  la  télé  transportation  depuis  mon enfance.  Je  maîtrise  parfaitement  la technique. De la magie, il y en a depuis la nuit  des  temps.  Les sourciers, les capteurs de rêves*, les médiumsJe ne suis pas capable de  transformer  le plomb en or, mais passer deux ou trois jours en Italie je sais le faire. A moins que tu ne préfères aller ailleurs ?

 

Va pour l’Italie, puisqu’ils en parlaient la langue tous les deux. Elise attrapa les deux mains de son compagnon et ferma les yeux. Un léger vertige saisit Pierre, sa vue se brouilla, une odeur d’amandes amères flottant dans l’air.

 

Quand le jeune homme reprit ses esprits, il  était  allongé dans l’herbe  aux côtés de son épouse.

— Tu es bien sûr que nous sommes en Toscane ? s’alarma-t-il, C’est bizarre ici. Et les routes, tu as vu ? Il n’y en a pas. Que des chemins de terre.

— Nous sommes proches de Florence, ça j’en suis certaine, par contre je pense que nous avons peut-être changé de siècle. Ça m’est déjà arrivé.

Incrédule, Pierre regarda autour de lui d’un air  étonné  cette campagne doucement vallonnée aux teintes délicates de verts, d’ombres et  de mauves. Une lumière rasante adoucissait les contours des collines.  La nuit allait bientôt tomber. Au lointain, une petite ville, avec plusieurs églises.  Sur la plus haute, un énorme dôme. Derrière eux, en hauteur, un village se découpait en ombre chinoise. Il sortit son appareil photo de son sac à dos et clic, clic, commença à mitrailler le paysage.

Au  détour  du  chemin  surgit  brusquement  un  jeune homme  pauvrement  vêtu, portant un énorme sac.  Il les  examina avec plus de curiosité que d’inquiétude.

Bonjour. Êtes-vous perdus ? Que faites-vous là dans cet accoutrement ? C’est quoi l’engin que vous tenez dans la main ?

Saisie d’une intuition, Élise lui raconta leur voyage, sa qualité de magicienne et leur arrivée  dans  ce coin perdu. L’individu n’eut pas l’air étonné, deux sorcières vivaient au village, il avait  l’habitude. Il engagea la conversation. Il s’appelait Léo, avait vingt ans, vivait ici avec sa mère et travaillait  comme élève chez un peintre florentin connu. Si les dons d’Élise ne l’impressionnèrent pas, il semblait tout de même fasciné par sa beauté. Lorsqu’il découvrit que Pierre était physicien, il eut peine à cacher son enthousiasme, proposant  au couple de les héberger pour la nuit. Il y avait de la place à la maison, sa mère étant absente.

— La date d’aujourd’hui ? Nous sommes le 16 septembre 1472. Venez, hâtons nous, on n’y voit guère.

Il  faisait nuit maintenant,  le  trio se  hâta  d’atteindre le village. Leo commença par ouvrir les volets pour chasser les odeurs de renfermé. Il alluma un feu, sortit des fruits et du pain de son sac et alla chercher un cruchon de vin dans le cellier.  La soirée se passa au coin du feu, chacun voulant  se  faire une vision précise du monde de l’autre. Pierre évoquait son travail, la découverte du moteur à explosion, le train, le sous marin, l’avion et bien d’autres choses encore.

— Tiens Léo, regarde par la fenêtre, tu vois comme la lune est pâle ? Cette lueur cendrée est  le reflet sur la partie non éclairée de la lune de la lumière renvoyée par notre planète. C’est ça que l’on appelle un clair de terre.

Le scientifique partit dans de grandes explications,  tandis  que  Léo, tout en écoutant  avec la  plus  vive attention, saisit une toile et se mit à esquisser des courbes tout en fixant Élise du regard. Très tard dans la nuit, la fatigue aidant,  ils finirent  tous par aller se coucher. La chambre octroyée aux deux voyageurs, minuscule, était dotée d’une pauvre paillasse en crin. Mais quand on est fourbu, que peut-on désirer de plus ?

Le  lendemain,  dès  le  réveil  les  conversations  reprirent.  Tandis  que  l’apprenti  peintre  croquait  le  portrait  d’Élise, celle-ci raconta les progrès de la médecine, les vaccins, transfusions, transplantations d’organe… Léo était tout ouïe. Pierre,  muni  de son appareil, photographiait tout ce qu’il voyait jusqu’au moment où la batterie rendit l’âme.

— J’espère que vous allez pouvoir rester encore quelques jours, que je puisse terminer le portrait d’Élise.

— Malheureusement, le sortilège  n’est pas pérenne, au contraire.  Nous risquons de repartir dans notre monde d’un moment à l’autre.

Dans l’après midi, Léo voulut faire visiter les environs à ses hôtes, mais ils devaient tout d’abord changer de vêtements, ceux du vingt-et-unième siècle risquant de les faire remarquer.

Le petit groupe traversa ensuite la rue principale, saluant au passage les habitants qui les accueillirent avec une bienveillante indifférence. Des effluves nauséabonds s’échappaient des rigoles d’eaux usées courant le long des venelles. A la sortie du village, le chemin grimpait vers un surplomb où la vue leur coupa le souffle ; les prés se succédaient tout en douceur, bordés de cyprès et de buissons.

Après cette belle ballade, le trio rentra au bercail et le maître de maison fila au jardin cueillir quelques légumes pour la soupe du soir. Quand il rentra dans la pièce, il n’y avait plus personne.

— Et bien ! Nous voilà de retour chez nous. J’aurai aimé dire au revoir à Léo, et lui laisser un souvenir. Quelle  aventure !  Et si on regardait les clichés que j’ai pris ? J’espère qu’ils sont réussis.

Attablés côte à côte, les deux époux firent défiler les photos.

— Regarde ! Ton portrait ! Ça restera un souvenir, pour Léo, une trace de notre passage.  C’est bizarre… Observe bien. Ça ne te rappelle rien ? Le visage de la Joconde.

 

Capteur de rêves,  source Wikipédia :  Dans  certaines  cultures amérindiennes, un capteur de rêves ou attrape-rêves (en anglais : dreamcatcher) est un objet artisanal d’origine  ojibwé (appelé asubakatchin  ou  bawajige nagwaagan  dans  cette langue) composé d’un cerceau, généralement en saule, et d’un  réseau  de  fils en  forme de  filet . Les décorations qui le composent sont différentes pour chaque capteur de rêves. Selon la croyance populaire, le  capteur de rêve  empêche les  mauvais  rêves d’envahir le sommeil  de son  détenteur. Agissant comme un filtre, il capte les songes envoyés par les esprits, conserve les belles images de la nuit et brûle les mauvaises visions aux premières lueurs du jour.

 


Laissez votre commentaire

[contact-form to= »isabelle.maggi@neuf.fr » subject= »Commentaires »][contact-field label= »Nom » type= »name » required= »1″][contact-field label= »E-mail » type= »email » required= »1″][contact-field label= »Message » type= »textarea »][/contact-form]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *