Le Buzz

Dans la salle d’attente de l’aéroport, Claire Martel trompe l’ennui en jouant avec son smartphone. D’humeur facétieuse, elle envoie un tweet à ses followers : « Envol pour Israël, à la rencontre de gens pas très catholiques ». Le même message est posté sur son compte Facebook, agrémenté d’un selfie.
C’est l’heure. La voix suave d’une hôtesse appelle les voyageurs à se diriger vers la porte 18 pour embarquement immédiat. Claire rassemble ses bagages et éteint son téléphone.

Dans l’avion, la jeune commerciale se plonge dans un roman puis, bercée par le ronronnement de l’appareil, s’endort paisiblement.

Sur la toile, le message de Claire fait déjà le buzz. Parmi sa modeste centaine de suiveurs, un député doté de 12 000 abonnés a partagé le tweet, agrémenté d’un commentaire peu amène : « Quand on est antisémite, on ne va pas en Israël ».

Le compte tweeter de la jeune femme enfle. Deux heures après l’envoi du message, il passe à 3000 suiveurs. Un journaliste en accélère la diffusion auprès de ses 20 000 abonnés. Des internautes de tous horizons se déchainent. Associations, intellectuels et journalistes, particuliers, tous s’indignent avec virulence. La haine et le mépris suintent dans les commentaires. Une rumeur transforme la voyageuse en militante d’un groupuscule violent d’extrême droite. Un hashtag #Clairemartelantisémite se propage hors des frontières. Pendant ce temps, bien calée dans son siège, Claire dort.

A sa descente d’avion, elle allume son téléphone. Un flot ininterrompu d’alertes sonores la surprend. Des textos. De ses parents, de ses amis. Son amie Karine l’appelle : « Ferme tout de suite tes comptes Twitter et Facebook, tu es en train de te faire lyncher. »

Il est trop tard. Dans le hall de l’aéroport de Tel-Aviv, la jeune femme essuie des injures de la part d’inconnus qui la prennent en photo. Le personnel de l’hôtel l’accueille avec un tel mépris qu’elle décide de rentrer en France au plus vite. La société VIPconseil qui emploie la jeune femme se désolidarise des propos de son employée, et a déjà informé la toile qu’il ne renouvellera pas son contrat.
Elle tweete un mot d’excuse, ferme ses comptes sur les réseaux sociaux, essaie de se faire oublier.

Google, lui, n’oublie jamais.

 


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